Diversité linguistique & langue française

C’est ainsi que s’exprime le député Pouria Amirshahi dans son communiqué de presse, publié le 12 avril 2013. Représentant les Français du Maghreb et d’Afrique de l’Ouest à l’Assemblée nationale, il est plus que tout autre sensible à l’enjeu que représente la langue française pour les pays francophones. Mais il sait aussi que l’avenir de la langue française se joue à Bruxelles dans les institutions européennes.

Le député s’est déjà exprimé sans ambiguïté lors du débat que DLF BRUXELLES-EUROPE a organisé le 25 mars dernier à la Représentation permanente de la France auprès de l’UE à Bruxelles : “La loi Fioraso est suspendue et elle est en cours de réécriture suite aux protestations nombreuses. La proposition de loi n’est pas encore discutée” a-t-il déclaré.

Il a envoyé une note argumentée à la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, suivi du communiqué de presse que nous reproduisons intégralement ci-dessous. Cette note est téléchargeable sur le site de DLF Bruxelles-Europe

Il reprend ce faisant, l’idée, développée dans un précédent article, d’un “passeport francophone qui pourrait être un élément de cohésion de cette famille unie autour de sa langue”. (cf. article “Pour une politique linguistique et une stratégie d’influence”)

Claire GOYER

COMMUNIQUÉ de PRESSE

Vendredi, 12 avril 2013
Pouria AMIRSHAHI Communiqué de presse
Député des Français de l’étranger (Maghreb/Afrique de l’Ouest)
Secrétaire de la Commission des Affaires étrangères
Secrétaire national du Parti socialiste

Non, la langue française n’est pas un frein à l’attractivité des universités

L’article 2 du projet de loi d’orientation de l’Enseignement supérieur et de la Recherche – qui permet aux établissements de dispenser leurs enseignements entièrement en anglais – porte un coup terrible à la francophonie. En portant l’anglais comme condition de l’attractivité de nos universités, et en marginalisant le Français dans notre pays, c’est l’ensemble de l’espace francophone qui est fragilisé et affaibli.

Non, l’enseignement « tout en anglais » n’est pas nécessaire pour attirer des étudiants des pays émergents – de l’Inde au Brésil en passant par la Turquie ou la Corée – qui comptent, en leur sein, suffisamment de jeunes diplômés francophones ou désireux de le devenir.

Non l’enseignement « tout en anglais » n’est pas une chance pour la recherche française mais une condamnation, à l’heure où la recherche francophone, toutes disciplines confondues, étouffe de la pression, quasi-obligatoire, des revues anglophones.

Si la France veut être attractive, alors il est temps qu’elle contribue à la formulation d’une nouvelle ambition francophone. Bien des peuples amis sont disponibles, demandeurs et même parfois en avance sur ce chemin! Parmi eux, l’Algérie, pourtant non membre de l’OIF, la Belgique, le Canada, le Maroc, la Côte d’Ivoire, la Suisse, le Sénégal, la Tunisie et bien d’autres encore. Il existe un espace francophone véritable, à la fois d’échanges scientifiques, culturels et diplomatiques. Il existe aussi une francophonie économique, tournée vers le développement et le partage de la valeur ajoutée entre le Nord et le Sud.

Pour attirer dans ses universités, la France doit promouvoir, comme la gauche en a l’intention, une politique centrée sur la qualité des enseignements, de la recherche et des équipements.
Plutôt que de composer avec une langue, l’anglais, qui ne mérite certes pas l’opprobre mais n’a certainement pas besoin d’une telle soumission pour exister, donnons à la Francophonie ces outils dont elle manque cruellement : pourquoi ne pas, enfin, reprendre cette idée d’un Erasmus francophone ? Pourquoi ne pas promouvoir l’idée d’un « passeport économique et culturel de la francophonie » destiné à instaurer, dans cet espace, une mobilité sans entrave aux étudiants, scientifiques, artistes, chercheurs, chefs d’entreprises.

La langue française n’a pas à s’excuser. Portée avec l’audace des grandes passions, elle peut rassembler des peuples qui ont avec elle un trésor commun qu’il nous faut chérir et cultiver.

À l’instar de nombreuses associations de défense de la langue française du monde entier et de l’Académie française, je suis favorable au retrait de cet article 2.

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Comments

  1. Bonjour,
    Je suis entièrement d”accord avec votre opposition à l’article 2 de cette loi , véritable coup de couteau porté au dos de la francophonie.
    Je vous écris pour cette simple remarque: pourquoi cette page est-elle remplie de mots et menus anglais? Est-ce une nouvelle manifestation de l’UE de vouloir angliciser notre continent?

    1. Monsieur Varlet, merci de votre message. Le média électronique qui héberge mon blog, Euractiv, est bilingue (français, anglais). Son fondateur se bat pour maintenir la version française. C’est grâce aux annonceurs, plus anglophones que francophones, qu’il fait vivre ce média consacré aux politiques européennes. Il est gratuit pour le public qui le consulte. Comme vous le savez, promouvoir le français ne veut pas dire rester dans une bulle francophone. Il faut rester ouvert sur le monde et reconnaître qu’à notre époque, l’anglais domine car portée par la plus grande puissance mondiale, comme à son époque le latin ou sous Louis XIV, la langue française. Comme vous le savez aussi, connaitre les langues étrangères est une richesse et un atout. Notre devise est “on ne défend bien sa langue qu’en parlant celle des autres”.

  2. Madame Goyet , merci de votre réponse rapide.
    En lisant votre texte , je me suis rendu compte à quelles pressions vous êtes soumis , vous et le fondateur de ce site, de la part des anglophones ! Le français et l’allemand étant des langues de travail de l’UE- du moins sur le papier-, il me paraitrait normal et réalisable facilement , de proposer les intitulés en deux ou trois langues Par exemple, Name/noml/Name , Leave a reply/ Répondre/Antwort.
    Mais , je suppose que cela ne dépend pas de votre volonté.
    En outre, cela renforce la vision que nous , simples citoyens de ce continent,avons des institutions de l’UE: des institutions qui attaquent non seulement attaquent nos droits sociaux mais aussi nos pratiques linguistiques.
    Merci pour votre combat et bon courage!

    M. Varlet

  3. Il est vrai que, bien que l’UE tienne le beau discours de la défense de la diversité et du plurilinguisme, on voit bien sur ce site qu’en réalité il n’en est rien et que son objectif est de tous nous contraindre à la seule langue anglaise.
    Il est clair comme de l’eau de roche qu’elle piétine allègrement toutes diversités sans gêne et sans scrupule, de façon totalement décomplexée, et nous impose le monolinguisme. Devoir se battre pour garder un tant soit peu quelques informations en français démontre bien un profond mépris pour tout ce qui n’est pas conforme aux volontés de la pieuvre.
    Et je vous cite madame Goyer :
    “Il faut rester ouvert sur le monde et reconnaître qu’à notre époque, l’anglais domine car portée par la plus grande puissance mondiale”.

    Ne serait-ce pas plutôt un enfermement ?

    Elle ne porte pas que l’anglais, la plus grande puissance mondiale et tous ses courtisans, mais aussi l’UE qui est à ses ordres.
    Vous essayez de faire amende honorable, je ne vous en veux pas et vous comprend, mais admettez qu’il sera de plus en plus difficile de nous faire croire que l’on ne peut rien y faire.
    Quant aux publicités, proviennent-elles du monde anglophone ? Je ne le pense absolument pas et vous non plus.
    On ne déroge pas à la règle tacite du tout anglais et les annonceurs peuvent, dans ce contexte, être de pays n’ayant aucunement l’anglais pour langue.
    Quoiqu’il en soit, pour moi le divorce est consommé. Cette construction européenne est bel et bien une destruction de l’Europe et de sa diversité.
    Notre perte.
    Bonne continuation dans le combat qui est le votre.
    PS : L’université française va basculer à l’anglais. Ce n’est pas nous broyer ça ?
    Le monde tel qu’il se prépare me fait peur. J’ai le sentiment que la guerre nous est déclarée.

    1. Reconnaitre la domination de la langue anglaise à l’heure actuelle ne veut pas dire s’y soumettre. Ce blog et notre association existent justement comme résistance à l’uniformisation du monde. La construction européenne est une réussite dans bien des domaines à commencer pas la libre circulation des personnes et des biens. Elle traverse une crise très grave qui demanderait une redéfinition de ses politiques. Il faut bien sûr réclamer sans cesse le respect des traités en matière de diversité linguistique mais il ne faut pas oublier que les textes de loi, qui doivent être transposés dans les États membres, sont publiés dans toutes les langues de l’UE, c’est à dire 23. Cela veut dire des services de traduction très performants dont on veut réduire les coûts sans dire qu’en même temps on réduit la diversité. Nos politiques ne sont pas à une contradiction près. Je vous invite à lire -Assises du plurilinguisme Rome 2012 – 1 le multilinguisme dans l’EU- sur http://www.langue-francaise.org/Bruxelles/Bruxelles_entree.php

      Cordialement à vous

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