Diversité linguistique & langue française

Un groupe d'universitaires a lancé, en mai 2009, un Appel à refonder l'université, dont cet ouvrage, paru en septembre 2010, est le prolongement.

C’est en effet ce qui ressort à la lecture de l’article 6 de la proposition de loi sur l’attractivité de l’université française http://www.senat.fr/leg/ppl12-348.html (Sénatrice Dominique Gillot) ainsi que de l’article 2 du projet de loi sur l’enseignement supérieur et la recherche (Ministre Geneviève Fioraso) http://science21.blogs.courrierinternational.com/files/ProjetdeloiESR080213.pdf

Chercheurs, universitaires, syndicats, journalistes, associations sont mobilisés depuis le mois février 2013 autour de ces textes qui sont loin de faire l’unanimité.

La proposition de loi « Gillot » est motivé par la contribution qu’apporte l’enseignement supérieur à la politique d’influence de la France, de ses idées, de sa langue et de ses valeurs. Rien de plus justifié dans le monde ouvert et compétitif où nous vivons.

Pourtant, l’article 6 contredit cette déclaration puisqu’il vise à autoriser les établissements d’enseignement supérieur à organiser les enseignements, examens, et concours, ainsi que thèses et mémoires dans une langue autre que le français. Doux euphémisme. Il s’agit bien sûr de l’anglais.

Nombreux sont les établissements d’enseignement supérieur qui proposent déjà des masters en anglais, croyant qu’ainsi ils augmentent leur attractivité alors que, le plus souvent, ils ne font que délivrer des enseignements et des diplômes de médiocre qualité. Les étudiants étrangers « de qualité » ne s’y trompent pas. S’ils veulent étudier en anglais, ils préfèreront tout simplement l’original à la copie. Ils iront en priorité vers les universités anglo-saxonnes.

Le monde a changé, certes, les échanges universitaires se sont intensifiés et l’anglais joue un rôle de premier plan dans la recherche et l’économie, mais faut-il pour autant confondre la nécessité de connaître les langues étrangères et en particulier l’anglais et la tendance irrésistible des élites françaises de remplacer le français par l’anglais ? Effet de mimétisme avec l’Allemagne, l’Italie ou les pays scandinaves ? Lequel de ces pays possède comme la France, le partage de sa langue avec 220 millions de personnes sur les cinq continents ?

Les étudiants d’Afrique du Nord et de l’Ouest seront-ils obligés d’aller au Québec pour étudier en français ? Ils sont déjà nombreux à avoir fait ce choix, pas seulement pour une question de visa mais pour la langue et la qualité des formations.

Comme l’explique Michel Serres, une langue doit pouvoir tout dire, sinon elle est promise à la disparition et chacun sait que 80% des langues du monde auront disparu avant la fin de ce siècle. La généralisation de l’offre d’enseignements en anglais, la suppression des revues scientifiques en français ne seront pas sans conséquences. Le message envoyé ainsi au monde francophone est consternant et les 220 millions de francophones du monde ont des raisons d’être consternés. Claire Goyer

Nous avons jugé utile au sein de l’Observatoire européen du plurilinguisme, dont je fais partie, de proposer une autre formulation de l’article 6 (proposition de loi Gillot) et de l’article 2 (projet de loi Fioraso). Deux lettres sont parties, l’une à Claudine Lepage, sénatrice, rapporteur du projet, l’autre à Genevière Fiorasso, ministre de l’enseignement supérieur, signées par Christian Tremblay, président de l’OEP.

Nous vous en proposons des extraits

I. En ce qui concerne l’article 6 de la proposition Gillot, nous proposons soit le rejet pur et simple du texte proposé, soit une rédaction totalement nouvelle qui serait la suivante :

“Après le second alinéa du II de l’article L-121-3 du code de l’éducation est ajouté l’alinéa suivant : “Les universités élaborent une politique linguistique visant à développer les langues étrangères et à promouvoir le français dans le monde afin de renforcer leur propre attractivité internationale.

Les étudiants qui souhaitent s’inscrire dans les universités françaises doivent avoir la possibilité d’acquérir dans le pays d’origine ou sur place un niveau en français suffisant pour pouvoir y suivre les enseignements.

Les enseignements dispensés exclusivement dans une langue étrangère s’inscrivent, sauf exception, dans le cadre de cursus à vocation internationale qui sont alors des cursus bilingues qui incluent l’enseignement d’autres langues.

Un décret en conseil d’État précise les conditions d’application du présent article.”

A l’appui de ces amendements, les arguments sont de deux ordres et se complètent.

A l’appui de ces amendements, les arguments sont de deux ordres et se complètent.

1) Le premier concerne l’image de la France dans le Monde.

La langue française est la seconde langue internationale, loin derrière l’anglais, mais elle est présente sur tous les continents et elle progresse partout dans le monde, sauf en Europe où elle défend difficilement ses positions, du fait du comportement des responsables politiques qui la représentent. La France, elle-même, a une image dans le monde tout à fait particulière, qu’il s’agisse du monde francophone, du monde anglophone et du reste du monde, et cette image est le produit d’une histoire qu’elle doit assumer. Il y a à son égard une attente qui n’est pas d’imiter les tendances dominantes mais certainement de montrer qu’il n’y a pas qu’une seule façon de penser la mondialisation.

Ouvrir tout grand les possibilités de développer des formations universitaires entièrement délivrées en anglais serait un message terrible adressé au monde allant totalement à l’encontre de nos intérêts.

Ceux qui font pression pour ouvrir ces possibilités font preuve en réalité d’une vision mondiale extraordinairement réductrice. Imaginer que, ce faisant, ils favorisent le rayonnement de la France est totalement stupéfiant, alors que cela est contraire aux intérêts de la France et à ceux des étudiants qu’ils prétendent servir.

Si les étudiants qu’il s’agit d’accueillir ont choisi la France, ce ne peut être un choix par défaut, auquel cas nous n’avons aucun intérêt à les accueillir. Ils peuvent être francophones, anglophones ou locuteurs d’une autre langue ayant souvent un bon niveau d’anglais, sans toujours une maîtrise suffisante du français. L’intérêt bien compris de part et d’autre dans ces derniers cas est de leur proposer des cycles internationaux leur permettant de suivre des enseignements dans deux langues, et peut-être d’en profiter pour en apprendre une troisième, en tout état de cause, de sortir d’une université ou d’une école française, bilingue ou trilingue (leur langue maternelle + le français et l’anglais + une troisième langue), en ayant bénéficié d’un enseignement scientifique ou littéraire du meilleur niveau possible.

Là, la France est dans son rôle. Toute autre direction l’attirant dans la voie de la banalisation et de la marchandisation de l’éducation et de la culture représente un danger mortel, ce qui mène au deuxième niveau d’argumentation.

2) Conséquences pour les générations futures

Il convient de mesurer toute les conséquences d’une généralisation des enseignements de niveau master et doctorat en anglais. Cette tendance existe dans les enseignements scientifiques, et par effet de contamination, elle se fait sentir aussi dans le domaine des sciences humaines et sociales.

Les promoteurs du développement de filières de formation entièrement en anglais prennent argument de la domination de l’anglais dans le domaine des publications scientifiques et dans l’enseignement des langues, faisant preuve dans ce domaine d’une connaissance très réduite des conditions historiques, par nature réversibles, qui nous ont menés en quelques décennies à cette situation. Ils font preuve aussi d’une grande méconnaissance des tendances profondes qui sont à l’œuvre et qui nous mènent vers un monde multipolaire et multilingue dans lequel l’anglais restera encore longtemps une langue internationale, mais parmi d’autres.

S’agissant de l’éducation, dès aujourd’hui, les autorités les plus reconnues du monde anglophone telles que la British Academy ou le British Council mettent en garde contre les dangers du monolinguisme et de l’universalisation d’un anglais réduit qui n’est pas ce vecteur de communication que des utopistes pourraient imaginer. Et de défendre l’idée que les langues doivent continuer de fleurir dans leur plénitude, c’est-à-dire de dire le monde dans sa diversité.

Mais il faut mesurer les conséquences très négatives que l’extension des enseignements uniquement en anglais, pudiquement appelé langue étrangère, peut avoir sur la pensée, et la pensée française en particulier. Il est clair que promouvoir des enseignements uniquement en langue étrangère, soi-disant au nom du rayonnement de la France et de la langue française, c’est en réalité admettre qu’il n’y a pas de pensée originale dans le monde actuel et que celle-ci ne peut venir que d’un seul centre. Le projet, c’est la disparition de notre propre tradition et l’oubli en l’espace de deux générations des bibliographies en français.

Il convient de mesurer l’impact à l’échelle d’une génération d’un enseignement de haut niveau dispensé uniquement dans une langue étrangère :

– Toutes les sources de la connaissance deviennent des sources externes, il y a rupture avec toutes les traditions historiques que ce soit dans les sciences de la nature ou les sciences de la culture. Les directions de recherche deviennent elles-mêmes externes. Cette rupture dans la transmission et l’orientation des savoirs est de nature à assécher la créativité.

Les langues universelles comme le français, l’allemand, l’italien, le russe, etc. seront victimes d’une perte de domaines, car elles cesseront de pouvoir exprimer des concepts scientifiques nouveaux, aptitude qui est essentielle dans les sciences humaines et sociales évidemment, mais qui est, contrairement à l’opinion commune, tout aussi nécessaire aux sciences de la nature. Que l’allemand soit plus avancé que le français dans la voie du renoncement et de l’éclipse n’est pas un argument, car il ne s’agit absolument pas d’un progrès. La question, au bout du compte, est celle d’une perte de souveraineté.

On peut comprendre que pour la viabilité économique immédiate d’un projet de diplôme, il puisse apparaître intéressant d’attirer à bon compte des étudiants prêts à payer des droits d’inscription beaucoup plus élevés que les natifs ; on comprend aussi l’intérêt que l’on peut avoir de ne pas s’embarrasser de certaines complexités organisationnelles, mais l’attirance de la médiocrité doit-elle impressionner la Représentation nationale ?

A notre avis, si l’objectif est d’attirer des étudiants étrangers, il convient d’une part de ne pas écarter les étudiants francophones, d’autre part d’offrir à tous les étudiants, francophones ou non francophones, des filières de formation à caractère réellement international, et donc fondées sur des enseignements en français et dans une langue étrangère, permettant de surcroît de développer une troisième langue, ce qui, dans le monde plurilingue qui nous attend, et qui est déjà une réalité, constituerait pour eux un atout supplémentaire.

Il convient d’ajouter que la politique linguistique, que ce soit au niveau européen, national ou à l’échelle d’une université, ne supporte pas l’amateurisme et l’à-peu-près des politiques menées à base de clichés déconnectés du monde réel et global. On peut en effet exprimer les intérêts de cercles relativement fermés qui croient pouvoir parler pour la société toute entière. Contre cette tendance, la politique linguistique doit faire l’objet d’un vaste débat démocratique, au niveau national, mais aussi à celui de chaque université.

Il convient enfin de mettre l’accent sur la responsabilité des politiques quant aux choix qu’ils vont faire. Les Français ne sont pas conscients des enjeux de politique linguistique, mais lorsqu’il sera devenu évident que notre position géopolitique se sera effondrée en partie à cause de décisions linguistiques mal pensées, comment réagiront-ils ?

II. Nos propositions pour l’article 2 de la loi Fiorasso, l’argumentaire restant le même.

1e proposition :Compléter le projet d’article 2 qui deviendrait :

“A la fin du premier alinéa du II de l’article L 121-3, sont ajoutés les mots : « ou lorsque les enseignements sont dispensés dans le cadre d’un accord avec une institution étrangère ou internationale tel que prévu à l’article L. 123-7 ou dans le cadre de programmes bénéficiant d’un financement européen. Dans ce cas, sauf spécificité économique dûment explicitée, l’ensemble de la formation ne peut être que partiellement en langue étrangère ».

2e proposition

Il s’agit d’une rédaction entièrement nouvelle de l’article 2 :

“Après le second alinéa du II de l’article L-121-3 du code de l’éducation est ajouté l’alinéa suivant :

“Les universités élaborent une politique linguistique visant à développer les langues étrangères et à promouvoir le français dans le monde afin de renforcer leur propre attractivité internationale.

Les étudiants qui souhaitent s’inscrire dans les universités françaises doivent doivent avoir la possibilité d’acquérir dans le pays d’origine ou sur place un niveau en français suffisant pour pouvoir y suivre les enseignements.

Les enseignements dispensés exclusivement dans une langue étrangère s’inscrivent, sauf exception, dans le cadre de cursus à vocation internationale qui sont alors des cursus bilingues qui incluent l’enseignement d’autres langues.

Un décret en Conseil d’État précise les conditions d’application du présent article.”

3e proposition (concaténation des deux précédentes)

Compléter le projet d’article 2 de la manière suivante :

“A la fin du premier alinéa du II de l’article L 121-3, sont ajoutés les mots : « ou lorsque les enseignements sont dispensés dans le cadre d’un accord avec une institution étrangère ou internationale tel que prévu à l’article L. 123-7 ou dans le cadre de programmes bénéficiant d’un financement européen. Dans ce cas, sauf spécificité économique dûment explicitée, l’ensemble de la formation ne peut être que partiellement en langue étrangère ».

“Après le second alinéa du II de l’article L-121-3 du code de l’éducation est ajouté l’alinéa suivant :

“Les universités élaborent une politique linguistique visant à développer les langues étrangères et à promouvoir le français dans le monde afin de renforcer leur propre attractivité internationale.

Les étudiants qui souhaitent s’inscrire dans les universités françaises doivent avoir la possibilité d’acquérir dans le pays d’origine ou sur place un niveau en français suffisant pour pouvoir y suivre les enseignements.

Les enseignements dispensés exclusivement dans une langue étrangère s’inscrivent, sauf exception, dans le cadre de cursus d’excellence à vocation internationale qui sont alors des cursus bilingues incluant l’enseignement d’une deuxième langue étrangère.

Un décret en Conseil d’État précise les conditions d’application du présent article.”

 

 

 

 

 

 

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Comments

  1. Bonjour Claire,
    Eh oui! Encore un article qui pose très bien le problème et dont l’auteure ne voit pas — pas encore — que le combat est perdu d’avance.
    La bataille de la défense du français en France, et plus généralement de son rayonnement dans le monde, est perdue. C’est un fait.
    Je l’ai compris il y a vingt ans, et c’est pour cette raison que je me suis résolu à apprendre l’espéranto et à en promouvoir l’intérêt et les valeurs. En outre, je l’enseigne. Mais il faut reconnaître que les esprits ne sont pas préparés du tout. Et on sait pourquoi: les élites n’ont aucun intérêt à permettre au bon peuple de pouvoir échanger avec son semblable au-delà des frontières. Alors, elles font comme si l’espéranto n’existait pas.
    La nouvelle mode des élites, c’est de taper sur la France. Dans ce pays, tout est nul! Le seul modèle, c’est l’Allemagne ou le modèle anglo-américain. Voire.
    Le combat que mène Claire est admirable, et elle ne l’est pas moins. Et je veux qu’elle sache que je lui apporterai tout mon soutien. Mais elle appartient à une structure qui, à l’instar d’autres qui veulent avec raison défendre le français, n’ont pas encore fait le même constat que nous. Ou ne veulent pas le faire, ou n’osent pas s’afficher… Je ne sais.
    La défense du français passera par l’espéranto. La possibilité d’avoir des citoyens européens plurilingues en plus grand nombre passera également par l’espéranto. Tout ce que j’affirme se démontre, pour peu qu’on veuille bien nous écouter.
    Proposer le multilinguisme, c’est ce que nous serinent les politiques et les instances européennes. Et pendant ce temps-là, le Globish s’attaque à toutes les langues, même l’anglais, la vraie langue anglaise.
    Parce que si vous en êtes convaincue, Claire, alors dites-le. Écrivez-le. Prenez position, s’il vous plaît. Votre voix portera, ne serait-ce que lors des Assemblées générales de votre association et dans les courriers que vous adressez.
    Sauf si vous estimez que le combat se limite à amender ou à s’opposer sans cesse à des lois. Dans ce cas, vous n’en finirez jamais. Le vent souffle dans un mauvais sens, c’est vrai, mais il souffle fort. Très fort! Trop fort!
    Votre méthode est louable, certes, et remportera encore quelques succès, mais à quel prix et pour combien de temps encore?
    Vous m’avez répondu, un jour, que vous connaissiez l’espéranto, et même des gens haut placés dans le mouvement mais que « ce n’était pas [vous] qu’il fallait convaincre mais les hommes politiques ».
    Vous ne croyez pas que cette tâche serait moins difficile si vous étiez à nos côtés?
    Les générations qui nous suivent n’auront sans doute pas la même vision que nous. Du fait du formatage des esprits qui est à l’œuvre, je crains qu’elles ne capitulent en rase campagne.
    J’emploie à dessein une expression guerrière, car il s’agit bien d’une guerre.
    Comme l’a très justement écrit Jean Dutourd, de l’Académie française: «La langue française n’est pas malade, elle est en guerre. Elle est victime d’une agression. Elle est envahie par les armées du sabir qui la ravagent comme les armées anglaises ravageaient la France pendant la guerre de Cent Ans.»

    Nous nous battons donc pour la même cause, avec deux méthodes différentes, devant un ennemi bien plus fort que nous. Tactiquement, c’est une erreur.
    Enfin, les yeux finiront par s’ouvrir. Un jour…

    Bien cordialement à vous, Claire.
    Thierry Saladin

    1. Bonjour,
      pas tout à fait d’accord. La langue française est en net recul en Europe mais encore demandée dans le monde. Je reviens du Vietnam et j’ai pu le constater. La langue de service est l’anglais mais il y a une demande de français dans l’enseignement. C’est vrai aussi pour le Cambodge, où l’Alliance française fait un excellent travail, sans mentionner la Chine où la demande est élevée à l’université. Les Cassandres n’ont pas toujours raison.

  2. Re-bonjour Claire,
    Je ne me prends pas pour une Cassandre, et je souhaite vraiment que nous réussissions. Mais j’en suis loin d’être persuadé. Espérons que vous aurez raison et moi tort.
    Je pense simplement que notre analyse n’est jamais écoutée, ou si peu. Comme si elle dérangeait.

    En attendant, moi aussi je suis sur le pont, avec d’autres, mais pas sur le même navire que vous. Que la brise nous soit favorable à tous…

    Cordialement.
    Thierry

  3. Bravo pour votre combat pour la langue française. J’appuie en tous points la
    reformulation de la proposition :

    Après le second alinéa du II de l’article L-121-3 du code de l’éducation est
    ajouté l’alinéa suivant :

    “Les universités élaborent une politique linguistique visant à développer
    les langues étrangères et à promouvoir le français dans le monde afin de
    renforcer leur propre attractivité internationale.

    Les étudiants qui souhaitent s’inscrire dans les universités françaises
    doivent doivent avoir la possibilité d’acquérir dans le pays d’origine ou
    sur place un niveau en français suffisant pour pouvoir y suivre les
    enseignements.

    Les enseignements dispensés exclusivement dans une langue étrangère
    s’inscrivent, sauf exception, dans le cadre de cursus à vocation
    internationale qui sont alors des cursus bilingues qui incluent
    l’enseignement d’autres langues.

    Un décret en Conseil d’État précise les conditions d’application du présent
    article.””

    A Louvain-la-Neuve, j’ai un doyen qui veut généraliser l’emploi de l’anglais
    comme dans le Master FLE pour des raisons d’attractivité.

    Nous recevons des Vietnamiens qui veulent devenir professeurs de français et
    qui maîtrisent mal la langue. On n’est pas à une aberration près.

    Avec toute ma sympathie.
    Luc Collès

    1. Bonjour Luc Collès. merci pour votre message et pour l’info que vous donnez. Introduire l’anglais dans votre département littéraire surtout au niveau du FLE parait singulièrement peu adapté. Si la Belgique francophone lâche le bateau où allons-nous? Le délégué de la Communauté française au Vietnam fait un excellent travail, comme d’ailleurs la représentante de l’OIF et l’Institut français J’en reviens et j’ai pu le constater.

  4. Tout a fait d’accord avec le fait que tout etudiant (e) en France doit avoir des competences linguistiques en francais, et que l’anglais ne peut et ne doit pas etre l’unique langue usitee.

    1. Bonjour YB,
      j’ai pris connaissance de ce projet à la source, c’est à dire sur le site du sénat. Nous avons préparé l’amendement au sein d’un collectif de l’association “L’observatoire du plurilinguisme” dont voici le site http://plurilinguisme.europe-avenir.com. Vous pourrez y lire en première page un commentaire différent du mien mais auquel j’adhère complètement.

  5. La langue, c’est bon à la moutarde (recette british), mais c’est plus subtile avec une petite sauce au raifort, j’y mélange de la crème fraiche – légère, régime, de la ciboulette, deux feuilles de menthe très finement hachées, et le truc, une cuillère de moutarde forte, “invisible” mais bien présente; la langue de bœuf, qui pourrait être de cheval, concerne-t-elle l’image de la France dans le Monde ? au menu des resto-u ? Le problème, c’est que les cuistots sont mis en concurrence, et pour attirer les étudiants, ils font dans le “commun multiple”, l’english. Les chefs des Universités sont terrorisés par le Guide Michelin des Facs, basé sur la fréquentation, et donc la saturation des inscriptions… proposer un cursus en anglais va donc remplir la cantine ! Ma fille à l’Ecole européenne à Bruxelles doit arrêter le latin, après trois années, seuls 5 élèves rescapés… et donc pas assez pour faire une classe… quant au grec, no way, nobody; on dit que les meilleurs chefs sont ceux qui ont de l’imagination, l’Université française doit se mobiliser pour les meilleures recettes, qui sont plus vieilles: revues scientifiques en français, mission pour des profs francophones partout dans le monde, développement de “french language building” sur tous les campus, Alliance française avec des moyens dignes du British Institut, etc… etc… et en dessert, fondant au chocolat en stage à la DLF de Bruxelles-Europe !

  6. A Ambroise Perrin :
    je ne souhaite qu’un chose : c’est que vos recettes figurent dans le Michelin des universités.

  7. Bravo pour votre combat, mais quelle que soit la nouvelle formulation, l’autorisation d’enseigner des matières en langue étrangère (comme déjà le programme EMILE des sections européennes) pour des cursus à vocation internationale sera le coin qui ouvrira grand la porte à toutes les dérives. Sur le terrain, que ce soit formulé de façon restrictive ou tel quel dans la loi Fioraso, le résultat sera strictement le même. Nous avons toujours eu des étudiants étrangers, ils faisaient leurs études ici en français, restaient souvent attachés à la langue et à la culture francophone : demain ils iront faire leur post-doc en GB ou aux USA – qui en retireront en brevets le fruit de leurs années les plus productives. Cette mondialisation anglophone et cette prétendue nécessité d’un cursus anglophone pour l’attractivité est un miroir aux alouettes, une envie de quelques établissements de facturer fort cher la scolarité, ce qui oblige à payer fort cher des vedettes “native english”, effet boule de neige vers un système à l’américaine où l’endettement des étudiants a créé une véritable bulle prête à exploser.
    Mieux vaut des cursus en français, avec des cours de langue, vocabulaire technique si besoin, soutenir en commun avec nos cousins des revues francophones, lutter contre l’anglicisation de l’UE, arrêter d’imposer l’anglais au primaire, et laisser enfin la liberté de choisir ses langues à l’école. Dire que l’anglais a mis KO le français dans l’UE, ce n’est pas être des cassandres, mais du réalisme : et l’UE est la plus formidable publicité pour l’anglais en Asie, comme d’ailleurs Erasmus mundus qui n’a profité pratiquement qu’aux cursus anglophones.
    La seule alternative à cette guerre des langues éternelle, c’est de favoriser l’espéranto, l’autoriser enfin en option à l’école, mais en France, qui porte la lourde responsabilité de son échec jadis à la Société des nations, les clichés et le rejet sont tenaces. Passons.
    Quoi qu’il en soit, pleinement d’accord, défendons nos intérêts francophones.
    PS : la formulation “langues universelles” me semble inappropriée et vexante pour les autres langues. Ce sont simplement des langues de grande diffusion pour des raisons historiques, et souvent coloniale, encore une histoire de puissance et pas seulement intellectuelle…

    1. A Krokodilo:

      Votre remarque est un peu réductrice. A toutes les époques connaitre les langues étrangères a été une richesse et un atout extraordinaire. Le programme EMILE est une excellente méthode d’enseignement. Le problème aujourd’hui, c’est que les gens se contentent d’apprendre une seule langue, l’anglais et, sans s’en rendre compte, se soumettent à une pensée unique.

  8. Je n’ai jamais rien écrit contre l’apprentissage des langues, mais contre ses modalités : je pense par exemple préférable au CM2 un enseignement linguistique non spécialisé (présentation de diverses langues européennes, de divers alphabets et sons) plutôt que d’imposer l’anglais de plus en plus jeune. Le primaire est l’âge de l’initiation et des horizons ouverts, pas celui de la spécialisation. A mesure qu’on développe l’enseignement d’une matière dans une langue étrangère, celui-ci ne profite pratiquement qu’à l’anglais, à plus de 90%. La conférence des patrons des grandes écoles a même récemment suggéré C1 comme niveau cible de sortie de ses élèves, sous-entendant qu’ils devraient arriver déjà meileurs en anglais. La diversité linguistique à l’école est mille fois moindre que du temps où l’idée d’enseigner en anglais ne venait même pas à l’esprit ! Il n’y a aucune vision d’ensemble des langues à l’école, hormis celui de l’anglais officieusement devenu obligatoire, car on refuse de voir ou d’avouer que c’est une question politique et non pédagogique, ainsi qu’une question d’organisation des langues à l’école. Libre à vous de penser que je suis réducteur, moi je dirais plutôt réaliste…
    Ce même rélaisme me fait dire que la plupart des gens n’ont pas envie d’apprendre une autre langue, que peu en ont réellement besoin, la plupart ayant bien d’autres soucis quotidiens. C’est une richesse, mais ce n’est qu’une compétence parmi bien d’autres : musique, jardinage, etc. Sachant le temps et la volonté nécessaires pour arriver à un niveau utile dans une langue, le réalisme c’est admettre que l’école ne peut être le lieu que d’une initiation à une langue, le vrai niveau B1 n’étant une cible réaliste que pour les meilleurs des filières langues (le niveau cible a déjà dû être abaissé une fois par rapport à ce qui était prévu au bac et au brevet, et les critères de notation assouplis…). Ces niveaux cibles surestimés proviennent des recommandations de l’UE, elles-même basées sur les pays qui ont fait de l’anglais leur langue universitaire, abandonnant la leur : on tourne donc en rond en se voilant la face, toute la question tourne autour de l’anglais langue de l’UE officieuse. Rajoutons à ce cercle vicieux la formation des instits (PDE) qui doivent valider une langue, et qui se tournent presque unanimement vers l’anglais, à un niveau faible.
    S’il en était autrement, on laisserait tout simplement le choix (mot tabou) aux élèves de faire les deux langues de leur choix (bis), y compris latin-grec, promis aux oubliettes de l’histoire.
    Au moins ici peut-on débattre de la question, car ce sujet est singulièrement absent de tous nos médias…

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