Diversité linguistique & langue française

Tandis que les européens continentaux se ruent sur la langue anglaise supposée être le sésame de la réussite, les Britanniques se voient doublés dans la course à l’emploi par les « continentaux » qui forcément ont au moins deux langues : la leur plus l’anglais. C’est donc un inconvénient majeur d’être monolingue dans le monde moderne, serait-on anglophone. Curieusement les universités européennes ignorent cette évidence. Au lieu de garder leur spécificité et leur langue de culture propre pour un enseignement d’excellence, elles inaugurent chaque jour des filières d’enseignement en langue anglaise censées attirer un public international pour faire monter leur cote au fameux classement de Shangaï : le ranking d’une université se mesurant au nombre d’étudiants étrangers qui y sont inscrits. C’est ainsi que des professeurs français, allemand ou italiens peuvent enseigner leur matière en anglais, à condition de satisfaire à un niveau de connaissances dit B2 dans le Cadre européen commun de référence pour les langues (les niveaux allant de A1, débutant à C2, excellent). Les étudiants quant à eux peuvent suivre les cours s’ils ont un niveau B1. Voilà comment va se transmettre le savoir dans une langue imparfaite pour ne pas dire médiocre à des étudiants qui verront leurs études sanctionnées par les diplômes tout aussi médiocres. Des études ont été publiées sur les méfaits de telles mesures sur la qualité des enseignements et des diplômes et la dépendance des chercheurs obligés d’écrire en anglais pour être publiés dans les revues scientifiques de renom. CG

Dans l’article « L’anglais n’est pas la langue de l’université française », Pierre FRATH, professeur de linguistique anglaise et de didactique à l’université de Reims Champagne-Ardennes, soutient qu’une catastrophe culturelle, scientifique et géopolitique est en train de se préparer sous nos yeux.

Une catastrophe culturelle, scientifique et géopolitique est en train de se préparer sous nos yeux dans l’inconscience générale. Tous les jours, des décisions technocratiques sont prises en faveur de l’anglais par les organismes de recherche et les universités de notre pays, et dans l’Europe tout entière, sans que les conséquences en soient perçues. Si rien n’est fait, les citoyens européens vont bientôt se trouver dans l’impossibilité de faire des études et de la recherche dans leur langue nationale, et cela dans un déficit démocratique sans précédent dans le domaine culturel. Le remplacement des langues nationales par l’anglais n’a été voté par aucune institution démocratique nulle part. Les citoyens ne sont pas informés de ce qui passe, ni par les institutions qui mettent en place le tout-anglais, ni par les médias, qui se désintéressent totalement de la question, et qui n’en comprennent même pas les enjeux. Les dernières décennies ont vu un abandon massif du français dans la recherche1. Les publications dans les sciences dites exactes se font presque exclusivement en anglais; certains domaines dans les sciences humaines résistent encore, mais pour combien de temps ?
Une très nette domination de la recherche anglo-saxonne est en train de se mettre en place. Pour être publié dans une revue américaine, il faut faire référence aux derniers travaux anglo-saxons, sans que l’inverse soit vrai : un coup d’oeil aux publications des anglophones natifs, surtout dans les sciences humaines, montre à l’évidence que ces derniers lisent très peu d’articles écrits par des non-natifs, même en anglais. Jusqu’ici, les points de vue des diverses cultures pouvaient s’enrichir les uns les autres. C’est ainsi que la philosophie française s’est
enrichie de la philosophie allemande et que ces deux traditions ont influencé la philosophie américaine. Lorsque la recherche mondiale sera la cinquième roue du carrosse anglo-saxon, les anglophones n’auront plus aucune raison de s’intéresser aux non-anglophones, et comme tout le monde aura perdu l’habitude de lire dans d’autres langues que l’anglais, les autres traditions perdront toutes leur public. Il en résultera nécessairement une baisse globale du niveau de la recherche mondiale, qu’on constate d’ailleurs déjà dans certains domaines.

Les raisons qui justifient l’anglicisation de la recherche sont connues. Certaines sont assez légitimes : publier en anglais ouvre un lectorat plus vaste que celui des francophones ; il est très pratique d’avoir accès à tout ce qui se publie grâce à une seule langue ; et les contacts entre les chercheurs en sont facilités. Tout cela est certainement très positif. Certaines raisons sont moins légitimes, mais compréhensibles : comme les revues anglo-saxonnes sont souvent
les plus prestigieuses, il est gratifiant pour un chercheur d’y être publié. D’autres sont tout à fait discutables : la pression des agences d’évaluation qui surévaluent les publications en anglais, le poids de l’impact factor sur la réputation des chercheurs, c’est-à-dire le nombre de fois que leurs travaux sont cités par d’autres chercheurs (une mesure très facilement manipulable), les effets pervers des classements internationaux, type classement de Shanghai, qui font la part trop belle aux publications en anglais.

Ceci est la situation actuelle. Elle est inconfortable, injuste et dangereuse. Inconfortable, parce que publier dans une langue étrangère demande un effort supplémentaire et ne permet pas de développer facilement sa pensée ; par ailleurs le formalisme imposé des publications anglo-saxonnes donne un cadre strict à l’écriture qui tend à formater la pensée. Elle est injuste : elle avantage les anglophones natifs, car à valeur égale, un article écrit par un natif a plus de chances d’être publié. Elle est dangereuse : elle attribue trop de pouvoir aux institutions anglo-saxonnes, et elle leur donne la primeur des nouvelles découvertes, que des laboratoires anglophones sont alors tentés de s’attribuer. Cependant, cette situation, pour déplorable qu’elle soit, ne menace pas fondamentalement la recherche française car les chercheurs continuent de réfléchir et d’enseigner en français. Ce qui la menace gravement, en revanche, c’est la tendance de plus en plus irrésistible d’imposer la langue anglaise dans les formations de master, et parfois aussi de licence. Ces pratiques n’ont aucune justification pédagogique : toutes les études ont montré que des formations en anglais à des non-natifs entraînent une baisse de niveau, surtout si
l’enseignant est lui-même non-natif. Dans la plupart des universités, le niveau moyen en anglais des enseignants ne dépasse pas B2, c’est-à-dire un niveau intermédiaire qui ne permet pas de tout dire avec aisance. Par ailleurs, toutes les études montrent que les étudiants de master sont massivement de niveau B1. Quel bénéfice des étudiants de niveau B1 peuvent-il attendre d’un enseignement de niveau B2 ?
Par ailleurs, si on laisse cette situation se développer, on aboutira à ce qu’on appelle une perte de domaines : les générations futures ne connaîtront plus les mots de leur langue pour parler de ce qu’ils savent. C’est particulièrement grave pour des langues dites universelles, comme le français ou l’allemand, qui permettent encore à leurs locuteurs de tout penser et dire dans leurs langues. C’est moins grave pour des langues comme le finnois, qui n’a jamais été une langue universelle, ou comme le suédois, qui a déjà perdu ce statut : après un demi-siècle
d’anglicisation de leurs universités, les scientifiques suédois sont obligés d’utiliser l’anglais pour exprimer leurs connaissances. Les générations futures étudieront et travailleront alors exclusivement en anglais et seront ainsi amenées à se couper de leurs propres traditions culturelles et scientifiques. Les bibliographies du passé, en français, seront négligées et de plus en plus incompréhensibles au fur et à mesure que le temps passera.
Est-ce cela que nous voulons ? N’y a-t-il pas là au moins matière à débat ? Les citoyens, dont les impôts financent la recherche, ne devraient-ils pas avoir leur mot à dire à propos de l’avenir que les universités réservent à leurs enfants, à leur culture, et à la place de leur pays dans le monde ? Car ne nous y trompons pas, ce sera également un désastre géopolitique. Le rayonnement d’une culture est dans le regard des autres. À tort ou à raison, la France est perçue comme une force culturelle et politique libre et indépendante, avec sa légitimité propre, et elle est ressentie comme une solution de rechange aux conceptions anglo-saxonnes, dont le moins qu’on puisse dire est qu’elles sont souvent discutables. L’abandon de sa langue dans l’enseignement supérieur donnera le signal qu’elle aura cessé de se considérer comme telle. Ce sera une catastrophe à la fois pour nous, qui aurons perdu une identité sans être sûrs d’en gagner une autre, et pour les autres peuples, qui auront perdu une possibilité de choix. Les anglo-saxons eux-mêmes regretteront un challenger respecté et amical.

Si les universités françaises adoptent le tout-anglais, les jeunes étrangers ne verront plus guère l’intérêt d’apprendre notre langue. Ce sera la fin de l’enseignement du français dans le monde, et à terme, la fin de la francophonie et le repli de notre pays sur une conception folklorique de sa culture, sans ambition universelle. Sommes-nous prêts à cela ? Je pense que le moment est venu de mettre ces questions sur la place publique, d’en débattre et de pousser les politiques à légiférer, en accord avec nos voisins européens, souvent dans la même situation que nous. La question des publications est cruciale. Il est sûr que la recherche française ne peut pas cesser de publier en anglais. Mais il faudrait que se maintienne dans tous les domaines une culture de l’écriture en français, car on n’écrit bien que dans sa langue. Ludwig Wittgenstein a fait toute sa carrière à Cambridge, où il enseignait en anglais. Ses oeuvres maîtresses ont en revanche été écrites en allemand. Il faudrait imposer par un acte politique l’existence dans tous les domaines d’une ou plusieurs revues de qualité en français. Elles pourraient bien évidemment accueillir des textes dans d’autres langues, mais elles auraient pour vocation de publier des points de vue locaux sans référence obligée à des points de vue anglophones, ce qui garantirait une certaine diversité dans les approches, surtout si d’autres grandes langues faisaient de même. Tous les chercheurs seraient ainsi contraints de lire dans un certain nombre de langues, ce qui ne pourrait être qu’à l’avantage de la recherche en général. On ne publierait en anglais que dans un second temps, dans des publications pas nécessairement dirigées par des natifs, par exemple européennes, afin de garantir une certaine diversité dans le choix des articles, qui fait souvent défaut dans les publications anglophones, pas exemptes de copinage.

Cela voudrait dire une inversion de la tendance actuelle et la mise en place d’une véritable politique de publications scientifiques. À l’heure actuelle, les revues françaises dans nombre de domaines sont confectionnées par des bénévoles sur leur temps libre, avec des bouts de ficelle, des tirages réduits, et peu d’aide à la diffusion. Il est remarquable qu’elles continuent généralement d’être de qualité. Le modèle à prendre est celui d’Oxford University Press ou de Cambridge University Press, qui diffusent dans les universités du monde entier des articles dans tous les domaines, et pas seulement en anglais. Par exemple, une revue comme Journal of French Language Studies (CUP) diffuse partout des textes de linguistique écrits en français ou en anglais. Il est grand temps de réagir si nous ne voulons pas ressembler au colonisé dont Albert Memmi a fait le portrait (Portrait du colonisé, précédé du portrait du colonisateur, éd. Buchet/Chastel, Paris, 1957)”.

Pierre Frath

Professeur de linguistique anglaise et de didactique du plurilinguisme à l’Université de Reims Champagne-Ardenne. Directeur de la Maison des Langues. Directeur-adjoint du CIRLEP, un des groupes de recherche de l’URCA. Site personnel : http://www.res-per-nomen.org

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Comments

  1. Très intéressant mais la démonstration est un peu “tirée par les cheveux”.Par ailleurs,il fait abstraction de l’influence des nouvelles technologies de reconnaissance vocale avec traduction simultanée sur la communication multilingue.
    Maurice

  2. Pierre Frath, bonjour,

    J’envisageais de vous répondre lorsque j’ai lu votre article directement sur Internet, c’est-à-dire « L’enseignement et la recherche doivent continuer de se faire en français dans les universités francophones ». J’en retrouve l’essentiel grâce au présent article et à Claire Goyer, qui avec raison vous a laissé une place sur son blogue ou qui en a fait le rapport. Qu’elle en soit remerciée.
    À ce sujet, peut-être que c’est Claire Goyer elle-même qui lira ce commentaire. Eh bien dans sa réponse, qui, je n’en doute pas un instant, sera argumentée, qu’elle me le dise afin que je puisse directement vous contacter, Pierre Frath. J’ai déjà votre adresse courrielle.

    Parlons maintenant de cet article:
    Comme l’autre, il est excellent. Vous décrivez parfaitement la situation actuelle en envisageant notamment un point que je ne savais pas qualifier jusqu’à présent: la perte de domaines.
    J’imagine que travailler dans une université alors que la Région vient de passer avec armes et bagages à l’anglais pour Sciences Po vous donne l’autorité pour décrire et annoncer ce qui se prépare: la catastrophe culturelle, scientifique et géopolitique. J’ai eu récemment un écho similaire avec l’école Politecnic en Italie, si je me souviens bien.

    Vous souhaitez avec raison qu’une prise de conscience ait lieu et qu’un débat s’instaure. Oui, mille fois oui.
    J’aimerais attirer votre attention sur le fait que nous sommes quelques uns à lancer le signal d’alarme et depuis de longues années, d’autres ne font que craindre cette issue, mais l’immense majorité est totalement inconsciente, formatée qu’elle est par des médias aux ordres: aux ordres de la pensée de marché.
    Or, je constate avec dépit que chaque fois que j’assiste à une conférence sur le sujet, chaque fois que je lis un article dans une revue ou sur Internet, il y a toujours un absent (un grand absent?): l’espéranto.
    Comment des linguistes comme vous êtes tous, des universitaires, des professionnels dont l’étude des langues ressortit à votre compétence, puissiez traiter de ces questions en passant sous silence — par ignorance, en feignant d’ignorer? je ne sais — l’intérêt d’évoquer au moins la solution espéranto?
    Cela reste un grand mystère pour moi.
    On a l’impression que vous, les linguistes, faîtes comme les hommes politiques: vous agissez comme si l’espéranto n’existait pas. C’est déjà un papi de 125 ans
    Un exemple; combien de fois me suis-je aperçu en posant une question à un linguiste universitaire (je ne citerai pas de nom volontairement) lors du débat faisant suite à une conférence, que j’en savais plus sur l’espéranto que lui (elle). C’est déroutant!
    Quand on ne me répond pas: «Oh l’espéranto, je ne crois pas que…», ou bien «c’est une langue romane», ou «trop européenne» (assertions totalement fausses et qui ne montrent qu’une chose: l’orateur ne connaît pas cette langue: ce qui n’est pas grave en soi, c’est plutôt étonnant. Il ne connaît rien au sujet de la question posée, mais il ne le dira pas.
    Vous imaginez M. le professeur Untel déclarer devant le public qu’il ne connaît pas l’espéranto? Allons, allons!
    Non, il énonce quelques affirmations tenant plus de l’idée reçue que de la connaissance, ou bien des généralités, et, si votre serviteur insiste un peu, c’est alors le public qui manifeste pour qu’on passe à autre chose. Soupirs!

    Mais revenons au sujet, et à ce débat qu’il faut lancer pour tenter d’inverser la tendance.
    Ce sera très difficile, je ne vous apprends rien, mais si vous pouviez méditer sur ce que je viens de dire, nous ferions tous ensemble un grand pas en avant. J’ai l’habitude d’écrire à la fin de ma prose en espéranto : « Nur kune ni sukcesos », ce qui veut dire
    « nous ne réussirons que tous ensemble ». Une autre forme pour dire que l’union fait la force.
    Qu’on me comprenne bien; je ne suis pas en train de sauter sur ma chaise comme un cabri en arguant que l’espéranto est LA solution. Non, je suis en train de vous dire que c’est UNE solution. Une solution qu’il conviendrait de proposer et d’évaluer à côté des autres, et qui n’enlève rien à la justification de votre cri d’alarme: les cours en France doivent continuer d’être dispensés « en français et non autrement ».
    Alors, au prochain colloque, à la prochaine table ronde, pensez à inviter un espérantiste. Rien qu’en France, il y a deux académiciens d’espéranto. Mais ils sont bien entourés, et par des gens compétents, croyez-moi.

    Thierry Saladin, docteur en médecine et enseignant diplômé d’espéranto.

  3. Quand on parle d’esperanto, on est regardé comme un diplodocus;….on nous dit gentiment, pour ne pas nous froisser:”ça existe encore ?”

    On a aussi l’impression qu’on va enlever qqch aux interlocuteurs. Il y a une sorte de terreur devant une langue que les gens n’arrivent pas à identifier.

    Il y a une résignation (“beauf” ?) devant cette pseudo-évidence qu’en dehors de l’anglais ET des interprètes-traducteurs, il n’y a pas de survie….Comme certains peuvent se résigner à voir l’économie se désintégrer sous nos yeux . …..

    Quant à dire que les enfants apprendront l’Anglais (ou meme l’allemand….) dès la maternelle……avec quels moyens ? Soyons raisonnables …..

  4. Bonjour P. Voldoire,
    Vous ne serez pas étonné(e) d’apprendre que je suis d’accord avec vous. Quand on voit le niveau en français de nos élèves, s’imaginer qu’on va leur faire maîtriser plusieurs langues relève de l’angélisme, selon moi, compte tenu des conditions actuelles de la société et du manque de volonté politique pour permettre un véritable multilinguisme dans l’espace européen. Et je ne parle pas du niveau d’endettement des États…
    Et pendant ce temps-là le Globish pollue tout, même l’anglais.
    Si cela vous intéresse, il y a un Brésilien qui vient tout juste de lancer une pétition internationale pour que l’espéranto devienne une des langues officielles de l’Union européenne. Il aurait mieux valu demander le statut de langue commune ou de langue pont, mais bon…

    Samideane via.

  5. Je me suis laissée emporter par le mot”esperanto”…
    C’est vrai que ds l’article, il s’agissait de défendre le français en France. Evidemment….cela semble une évidence !
    Et le Bulgare en Bulgarie et le Flamand en Flandres., le Slovène en Slovénie etc…..

    C’est là que tout se complique et se “babelise”…

    Alors, que fait-on ?
    Reprenons du départ…..

  6. Bonsoir,
    Maintenant que je sais que vous êtes une femme, je pourrais accorder mes participes passés et les adjectifs au féminin.
    Plus sérieusement, Pierre Frath décrit très bien “la perte de domaines” qui risque d’atteindre le français, si effectivement les universités française passent à l’anglais.
    Par exemple à l’adresse suivante:
    http://www.aplv-languesmodernes.org/spip.php?article4095 et téléchargez le document.

    Il m’a écrit un message sympathique, indiquant qu’il avait étudié la structure de l’espéranto et qu’il savait que le chemin sera encore long.
    J’ai oublié de vous mettre le lien pour la pétition pour le cas où…
    http://www.avaaz.org/fr/petition/Esperanto_langue_officielle_de_lUE/?tJbwlab
    Bien cordialement.
    Thierry

    1. Il y a un projet de loi au Sénat concernant l’attractivité de l’université française et l’enseignement en anglais

      http://www.senat.fr/leg/ppl12-348.html

      voici le dernier article de ce projet :

      Enfin, l’article 6 déroge à l’article L. 121-3 du code de l’éducation qui oblige les établissements d’enseignement supérieur à dispenser des enseignements en français, ce qui, de l’aveu de nombreux acteurs du monde universitaire, peut représenter un obstacle au recrutement d’étudiants étrangers de qualité. Cette disposition, contournée par de nombreux établissements, mais tolérée, les place dans une situation de forte insécurité juridique. Cet article permet d’y remédier en conditionnant l’assouplissement des contraintes de l’article L. 121-3 au suivi obligatoire de cours d’initiation à la langue et à la culture françaises. Pour rester en conformité avec une jurisprudence constante du Conseil constitutionnel protégeant la langue française, en vertu de l’article 2 de la Constitution, les textes règlementaires devront veiller à ce que les étudiants de ces établissements puissent suivre les mêmes cursus en français et en langue étrangère. Cette solution permet de développer et de préserver la promotion de la francophonie tout en attirant les élites étrangères non francophones souhaitant étudier en France et enrichir leur culture.

      Il est clair que le loup est dans la bergerie.

  7. Au médecin espérantiste je souhaite associer un ingénieur (Mines de Saint-Étienne). Et il y a certes d’autres membres des «élites» de la nation qui pourraient témoigner. J’y ajoute, à l’attention de Claire Goyer, mes 45 ans de membre de «Défense de la Langue Française».
    Mais il y a aussi, que je côtoie en associations locales, des personnes qui n’ont aucune prétention élitiste, et n’ont d’autre langue étrangère que l’espéranto.
    La maîtrise du globish, tel que défini par Jean-Paul Neyrrières (Mines de Paris) est inaccessible car la frontière entre globish et anglaiss (anglais au pluriel) est totalement perméable, et le nageur du petit bassin globishant se noie inéluctablement dès qu’il se trouve entraîné en haute mer anglicisante.
    L’espéranto ne présente pas ce risque, et il est maîtrisable par tout un chacun, 5 à 10 fois plus vite que toute autre langue. Tous ses locuteurs ayant conscience de ses (et de leurs) limites, il assure une bien meilleure qualité d’intercommunication que le globish.
    Mais je reviens aux «élites» qui se retranchent de leur communauté linguistique, et à celles qui, comme Claire Goyer luttent pied à pied : prenez la peine, comme moi en 2004, d’apprendre l’espéranto (qu’est-ce que cinquante heures ? ), vous conclurez que son usage comme langue d’intercommunication en Europe est économiquement, intellectuellement, socialement et politiquement souhaitable.

  8. Cela ne manque pas de sel, qu’à un article sur la défense de la langue française, répondent spontanément plusieurs esperantistes français.

    On sent là , que l’appel à une langue nationale gène quelque peu aux entournures.
    Il est clair que nous ,esperantistes ,nous sommes pour notre langue nationale. Alors, quel est ce besoin d’ouvrir les frontières linguistiques ?

  9. Le premier espérantiste a, grâce aux «techniques modernes» (de veille), fait venir les autres.

    Bien sûr que je suis pour ma langue nationale, comme de nombreux autres sont pour la leur, différente de la mienne. Mais je mesure le besoin d’intercommunication, singulièrement en Europe, et la possibilité d’utiliser l’espéranto m’ayant été révélée en 2004 par le parti «Eŭropo Demokratio Esperanto ( http://www.e-d-e.org/ ), j’ai appris cette langue….et ai adhéré audit parti, considérant que la généralisation d’une langue d’intercommunication aussi simple que l’espéranto serait le meilleur moyen de réussir la «Défense de la Langue Française» (et des autres langues d’Europe), et permettre la naissance de courants d’opinion internationaux intraeuropéens bien nécessaires à la vitalité démocratique.

    1. Salut à tous les espérantistes qui ont fait des commentaires sur ce blog. Salut à Robert Leleu de DLF.
      Merci de ne pas détourner l’objet de cet article. Il est avant tout une alerte sur de la politique menée par les décideurs dans l’enseignement supérieur français qui nuit à son excellence.

  10. Comme anglophone je ne désire jamais que les universités françaises (d´autres pays ayant une langue parlée par des centaines de millions) commencent à enseigner uniquement en anglais. Les scandinaves le font parce que : 1. leurs langues ne sont pas internationales ; 2 ils partagent un vocabulaire et une culture similaires; la plupart de la programmation télévisuelle est en anglais (américain) ; ils veulent se considérer dans le vent (peut-être) et ils se laissent s´américaniser. Je voudrais que dans l´Union Européenne les députés se prononcent en langue maternelle au lieu de s´exprimer en anglais. Sinon, cette action va transmettre aux Anglophones le message qu´il ne faut jamais étudier une autre langue puisque tout le monde parle la leur.

  11. Cher Philip III,

    merci et bravo ! Votre commentaire est d’autant plus précieux qu’il vient d’un anglophone. J’espère qu’il convaincra nos ministres. Je vais le leur envoyer de suite!

    Claire Goyer

  12. Merci bien mais il faut dire que la plupart de mes amis savent parler en français. C´est peut-être parce qu´ils sont cultivés et licenciés aussi. En tout cas, j´ai trouvé bizarre que vous
    m´ayez répondu en anglais.

    En outre, je fais une digression mais comme Anglophone c´est bizarre que l´on utilise le mot <> car pour nous c´est un peuple qui n´existe plus, subjugué et vaincu par les normands il y a mille ans et qui a adopté les coûtumes de ces maîtres. Je sais que c´est le mot juste en français mais je vois dans les traductions le mot <> qui est mal traduit en anglais.

    1. A Philip III?
      Si j’ai employé l’anglais dans mon courriel, c’est par courtoisie. Vous vous adressez à moi dans ma langue, je vous réponds dans la vôtre. D’ailleurs notre devise est “On ne défend bien sa langue qu’en parlant cette des autres”

  13. Bonjour Phillip III,
    Votre réaction est en effet digne d’être saluée et je m’associe à Claire en vous le disant.

    1)Vous parlez d’un mot qui serait mal traduit, mais il n’apparaît pas. On voit les deux chevrons, mais rien entre. S’agit-il du mot “anglosaxon”?
    Dans ce cas, je suis d’accord, il vaut mieux parler d'”anglo-américain ou anglo-étatsunien”.

    2)Voyez-vous, Phillip III, je connais des Anglais qui sont tous ,ou presque tous, espérantistes. Et ils disent la même chose que vous: “Vous les Français, parlez votre langue, s’il vous plaît!”
    Seulement, je crains que parmi les anglophones vous ne soyez qu’une minorité, une minorité éclairée, certes, mais qui n’a pas encore été rejointe par les masses qui, elles, sont comme en France totalement inconscientes de la guerre des langues. Formatées qu’elles sont par le système.

    2)Un jeune Français de 16 ans (seize ans) totalement inconnu des espérantistes vient de lancer une pétition sur Avaaz.
    http://www.avaaz.org/fr/petition/Esperanto_langue_officielle_de_lUE/?tJbwlab

    Le titre est provocateur, certes, mais ce n’est pas grave. L’espéranto n’a pas vocation à devenir une langue officielle en Europe, mais une langue commune.
    Et n’oubliez pas, les espérantistes se battent aux côtés de gens comme Claire, et pour la même cause. La défense de toutes les langues, j’ai bien dit: “toutes”, et bien sûr la langue française
    À méditer.

    Cordialement à vous, à Claire et à tout le monde.
    Thierry

  14. The French language is different to that of the English language. English comes from the Western-Germanic part of the Indo-European languages tree, whereas French comes from the romance languages family.

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