Diversité linguistique & langue française

Entretien avec Michaëlle Jean, ancienne réalisatrice et reporter à la Télévision canadienne, gouverneure générale du Canada de 2005 à 2010, Grand Témoin de la Francophonie pour les Jeux olympiques d’été de 2012 qui se sont déroulés à Londres, et depuis novembre 2011 chancelière de l’université d’Ottawa. Michaëlle Jean a accepté de répondre aux questions de DLF Bruxelles-Europe au 1er Forum mondial de la langue française à Québec, avant son allocution sur le thème « changer le monde en français ». Elle constate en premier lieu que le monde de la francophonie est un monde jeune, un véritable ” bassin de jeunesse ” ; ce forum en est une preuve bien réelle.

CG : Que peut offrir la francophonie pour changer le monde ?

C’est, tout d’abord, un bassin d’expertise, d’histoire, de pays riches d’expérience et de dynamisme. De par la diversité des pays qui la composent, la Francophonie porte en son sein tous les défis actuels pour l’humanité et en même temps quantités de solutions, d’idées, d’expériences, de pratiques pour y répondre grâce à notre savoir, aux nouvelles techniques de l’information et de la communication. Ce que nous sommes mérite d’être entendu, d’être, tout simplement.

CG : Plus optimiste que les personnalités qui ont pris la parole à l’ouverture du Forum, Michaëlle Jean insiste toutefois sur l’importance de l’état de vigilance :

Nous devons protéger la langue française pour continuer à vivre la culture comme vecteur essentiel de cohésion sociale, de dialogue, de rapprochement des peuples et des civilisations et aussi pour penser une économie, une mondialisation plus maîtrisée, une éthique du partage. Nous devons nous montrer audacieux et exigeants, ne pas sous-estimer notre force et nous soucier avant tout de ce que nous pouvons réaliser.

CG : On entend souvent dire en Europe “L’avenir du français se joue à Bruxelles

Les fonctionnaires francophones de l’espace européen – comme ceux d’autres espaces dans le monde – doivent se montrer responsables en prenant la parole en français, en exigeant les documents de travail en français pour que la francophonie soit respectée. Il est navrant de voir des francophones qui baissent les bras et se tirent, en quelque sorte, une balle dans le pied ! Au contraire, selon l’expression du secrétaire général Abdou Diouf, nous devons être des indignés linguistiques : l’indignation est constructive, affirmons qui nous sommes et la richesse de ce que nous sommes.

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Comments

  1. Bravo Claire pour ce nouveau blog! Et merci de nous faire respirer l’air francophone du Québec.

    J’ai bien noté dans ton post précédent l’appel de Abdou Diouf à l’indignation, et j’aurais probablement applaudi aussi. Mais, à la reflexion, je partage plutôt la réponse au premier pamphlet de Stéphane Hessel: “Engagez-vous!”

    Depuis des années, les allemand se plaignent périodiquement de l’affiablissement de leur langue au niveau européen, mais ne font pas grand’ chose de concret. Les résultats sont là…

    Les francophones n’en sont pas là, heureusement, notamment grâce à l’association DLF, à l’OIF, et à de nombreux pays tiers.

    Le multilinguisme est l’avenir. Engageons-nous pour la francophonie!

  2. Avant de réclamer des autres qu’il apprennent leur langue, les français devraient déjà eux même tâcher d’apprendre au moins l’anglais. S’engager pour le multilinguisme et la francophonie, c’est bien, encore faut-il parler une autre langue soi-même!

  3. Before supporting a multi-lingual world and claiming the others should learn their language, maybe the french could start by speaking themselves at least one foreign language.

    Vielleicht wäre es einfacher die ganzen Welt überzutreiben Französisch Wert zu lernen ist wenn die Franzosen selbst am mindestens eine andere Sprache könnten.

  4. Bravo!
    A noter que la francophonie de se réduit pas à la France. La majorité des francophones se trouvent en Afrique. Ils parlent plusieurs langues, au minimum deux, leur langue naturelle et le français.

  5. Le français est la plus belle langue au monde…. c’est ce que me disent des élèves étrangers! Malheureusement, “grâce” au constructivisme dans l’enseignement (méthode globale pour la lecture, élèves censés “construire” tout le savoir humain à partir d’une bouillie de renseignements…) les enfants n’apprennent plus le français, ils se débrouillent en français… et cette langue merveilleuse est détruite par des “pédagogues” de ministère qui ont mal assimilé Freinet, Montessori et quelques autres.
    Romaniste, j’enseigne en 5e et 6e. Les élèves sont incapables de s’exprimer, de comprendre un texte simple, a fortiori de faire une dissertation mais… “le niveau monte” parce qu’on leur demande des choses que j’ai apprises à l’université…
    J’écris à Madame la Ministre. Les journaux refusent mes articles – trop alarmistes car donnant des exemples précis – ne publient que des textes style “tout le monde il est beau et bon et on va encore améliorer cela”.
    Le français que je lis… autant le remplacer par l’anglais!

    1. Grâce aux blog, facebook, twitter, on peut échanger sans passer par les médias traditionnels. Il faut s’en servir.
      Merci de votre témoignage. L’eurobarometre des langues a constaté que dans l’Europe entière la connaissance de la langue maternelle était en baisse. La connaissance des langues étrangères aussi!

  6. Pour aller dans votre sens, l’étude des différentes réformes de l’éducation nationale pour l’école primaire montre qu’en 1923, la réforme imposait 14h06 de cours de français par semaine en moyenne, quand aujourd’hui, on tourne autour de 7h30. Je ne dis pas qu’il y a une corrélation automatique entre le nombre d’heures enseignées et le niveau de français, mais à ce niveau-là, la baisse du niveau constatée récemment y fait forcément penser : http://lefrancaisenpartage.over-blog.com/article-baisse-de-la-maitrise-de-la-lecture-en-france-et-heures-d-enseignement-113417515.html (Désolé pour la longueur du lien).
    J’ai pu aussi constater que les gens qui avaient dû apprendre à maîtriser deux langues de par leur histoire personnelle (immigration ou langue régionale) avaient une très bonne maîtrise du français et étaient en général sensibles aux questions linguistiques. Ils sont de plus bien plus aptes à maîtriser une autre langue, car ils transfèrent habilement leur savoir-faire tandis que ceux qui l’ont appris par leur scolarité (même depuis très jeune) ont beaucoup moins cette capacité, à part pour les enfants en école d’immersion. En ce sens, je trouve que la disparition totale des langues régionales est une perte pour le français et nous enlève de nombreux ardents défenseurs potentiels du français. On le constate avec les Québecois très sensibilisés à la question et qui ont souvent été obligés d’avoir une très bonne connaissance de l’anglais. Ce n’est pas un hasard si Bayrou, plus près de chez nous, est l’une des rares personnalités politiques à maîtriser une langue régionale (et à la défendre), mais est également un ardent défenseur de la langue française ; pas seulement dans les idées, mais aussi dans son élocution.
    Merci pour vos articles

  7. Il est nécessaire d’enseigner le français à l’école primaire AU MOINS 14h/semaine! Le “constructivisme” attend de jeunes enfants qu’ils apprennent la langue à l’occasion d’ “activités” qui ne peuvent que perturber de jeunes cervelles…
    Par ailleurs, bilingue et ayant étudié le grec et le latin, me débrouillant en anglais et swahili, ayant quelques notions d’allemand, je me rends réellement compte des beautés exceptionnelles de la langue française…même si elle est difficile à apprendre (ce qui explique sans doute qu’elle ait été abandonnée au profit de l’anglais?)

  8. Pour Mia Vossen : quand vous parlez de 14h par semaine, vous êtes sérieuse ou ironique ? Personnellement, j’ai été stupéfait que lors du bref débat suscité par la baisse du niveau de français des écoliers en primaire, personne n’ait mentionné le simple fait que le nombre d’heures d’études du français baissait constamment.
    Mais il est vrai qu’il faut devenir bilingue anglais, apprendre l’informatique, se former aux sciences, s’ouvrir à l’écologie, bref, faire plus avec moins de temps. Je suis donc sceptique, comme vous l’aurez deviné.

  9. Pour Marc Beaufrère: je suis plus que sincère, convaincue… à condition que les cours de français en soient vraiment et pas ces fantaisies que critique Marc LE BRIS dans “Et vos enfants ne sauront pas lire ni écrire… ni calculer!” (j’ai présenté ce livre sur “Enquête et Débat”). Enseignant aux “grands”, je suis fâchée de voir que TOUT est à leur apprendre et qu’ils ne savent quasi rien de toutes ces belles choses qu’on prétend leur apporter (informatique, formation à l’écologie, aux sciences etc…).
    Alors, ma question est: existe-t-il réellement une volonté d’abêtir le peuple (E. BERNAYS, Propaganda) ou s’agit-il “simplement” d’une mauvaise compréhension des découvertes de Chomsky, Montessori, Piaget, Freinet e.a.?

  10. pourquoi ne pas aborder le sujet de l’avenir du français au pays du maghreb et surtout en Algerie

    1. Bien sûr, le Maghreb est une carte maîtresse pour la langue française, compte tenu des écrivains et penseurs algériens, tunisiens et marocains en langue française de grand renom. Plus globalement, l’Afrique est considérée comme l’espoir de la francophonie à l’heure actuelle.

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